Processus de création

Je crée beaucoup par besoin, pour faire sortir mes émotions et c’est pour cette raison que je crois que l’art est profondément cathartique et thérapeutique.  Le résultat de mon expression artistique me permet d’avoir une compréhension nouvelle sur moi-même. Je pense que c’est le pouvoir de l’Art, tous médiums confondus, de laisser place à l’expression de son subconscient. Personnellement, ça se manifeste majoritairement par l’exploration de différentes pratiques de peinture. J’ai aussi découvert que manipuler l’argile me permettait de véhiculer mes sentiments autrement. 

Mes projets s’inscrivent dans deux processus. D’abord, les projets à court terme émergent d’un besoin pressant, il faut que j’exprime une émotion qui me submerge. Parfois la manifestation de ce besoin prend la forme d’une image claire que j’ai besoin de reproduire. À d’autres moments, je peins sans avoir de but précis. Le résultat n’a pas d’importance, c’est le processus dans lequel je suis engagé qui compte. Ce sont les œuvres qui sont les plus brutes. Dans ces moments, je vais utiliser de la peinture acrylique. Puisque ce sont des œuvres qui ne seront pas retravailler, cette peinture est idéale, car elle sèche rapidement. 

Ensuite, lors d’un processus qui met de l’avant un projet à long terme, la préparation est beaucoup plus longue. Lorsque j’ai une idée de projet, avant de débuter la conception, je ferai un travail de recherche pour trouver des références qui m’aideront à matérialiser mon imaginaire. Lorsque je fais des projets à long-terme, je vais davantage utiliser la peinture à l’huile. Puisque le temps de séchage est long et que la préparation est importante, je dois calculer plusieurs heures pour réaliser chaque élément de la toile. Chaque création peut prendre plusieurs années, car je peins seulement lorsque l’émotion est au rendez-vous. Par exemple, je présenterai une toile à l’exposition T R A U M A que j’ai commencé il y a 5 ans et que je n’ai toujours pas terminée.


Photo par Florence Babin-Beaudry

Les bonhommes sourires

Pendant mes premières années à Concordia University dans le programme Studio Art, je me suis mis de la pression pour trouver mon style. D’abord, j’ai mis beaucoup l’accent sur les bonhommes sourires, car j’avais plusieurs réflexions sur son utilisation abusive sur les réseaux sociaux et la perte de son sens. La majorité d’entre nous utilise le bonhomme sourire sans réellement sourire, ça devient alors un jeu d’interprétation. Il peut autant représenter le sarcasme, la bienveillance, la sympathie ou l’agressivité et il donne à un message neutre un ton subjectif.

Au quotidien, le sourire peut avoir une connotation semblable, surtout pour les personnes socialiser comme femme. La société attend de toi un sourire, quelle que soit ton humeur réelle, sans considération pour le vécu de certaines personnes. Le sourire camoufle alors nos réelles émotions, que ce soit la peur, la douleur ou l’inconfort. C’est à la fois un superpouvoir et une malédiction. Pour moi, c’est justement ça qui fait que le bonhomme sourire est un symbole puissant: il représente l’absurdité des codes sociaux.

Les portraits

Les émotions véhiculées par un visage sont le départ d’un premier contact humain. C’est incroyable tout ce qu’on peut exprimer à travers un regard, un roulement d’yeux, un cil posé sur une joue, une grimace, un regard insistant, un sourire en coin ou un sourcil froncé. 
Il est facile d’être contaminé par les émotions d’un visage: même photographié, le rire peut être contagieux. Ça me fascine. Sans le vouloir, des visages se sont glissés dans la majorité de mes œuvres et ils sont devenus un moyen pour communiquer mes émotions, même si les proportions ne sont pas nécessairement les bonnes… Anyways, un visage c’est jamais parfait.

SÉrie
T R A u m a

C’est une série de peintures et de petites sculptures qui se développent depuis 6 ans. C’est un long processus de réparation personnelle qui me guide difficilement vers une sorte de guérison. Ces œuvres sont les traces physiques de mon cheminement émotionnel. Mon souhait pour cette série, c’est d’amener les personnes réceptrices à ressentir dans leurs tripes la charge émotionnelle vécue constamment par les victimes. Le but est de créer un imaginaire autour des traumatismes et de laisser une question en suspens: Que s’est-il passé? Les possibilités de réception sont aussi nombreuses que les types de violence. Je m’intéresse à l’impact que cette exposition peut avoir en étant exposée dans un endroit social et accessible à toustes.

Cette exposition est intéractive, car les personnes réceptrices vont pouvoir nommer mes œuvres. Il n’y aura aucun titre pour influencer leur interprétation et des feuilles seront déposées à côté de chacune d’elles. Toutes les suggestions seront visibles, ce qui créa un paysage varié des lectures possibles. L’art provoque des émotions subjectives et sa définition est propre à la personne réceptrice: une œuvre devient vivante que lorsqu’on est en contact avec elle.